Trop noire pour être française ? – Isabelle Boni-Claverie

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J’ai grandi dans un quartier juif (je crois que notre petite famille était quasi la seule non juive de la rue). Nous avons déménagé dans un quartier résidentiel (ma famille était la seule où la mère travaillait). Puis dans un petit village de campagne alsacienne.

Mon premier contact avec les noirs fut le curé qui me fit passer ma communion. À l’époque, je ne concevais pas la petite révolution que cela pouvait engendrer dans les esprits, dans un village si blanc que la seule famille turque en est partie, et que les élections nationales roulaient pour le FN.

La première fois que j’ai été confrontée à la négritude, ce fut par un couac de l’Éducation Nationale couac corrigé depuis) : pour la première année de réforme du Bac Littéraire, nous étudiions Aimé Césaire. En Terminale. Sans avoir aucune connaissance de ce qu’avait été la colonisation et la décolonisation, sauf quelques dates apprises à la va vite parce que l’étude de la Seconde Guerre Mondiale avait déjà pris tout le temps de l’année scolaire.

À Noël, on mangeait des Têtes de Nègre, et je ne m’étais jamais interrogée sur cette dénomination.

Quand j’étais petite, Banania existait encore, et aujourd’hui les boîtes vintage se vendent cher dans les magasins de design/déco pour tous.

On riait aux sketchs de Michel Leeb.

J’ai eu une éducation de gauche, anti raciste, nous zappions dès que Jean-Marie apparaissait à la télé. Je n’ai jamais eu de haine pour quiconque, sauf les cons.

Mais j’ai été et suis encore raciste.

Je l’ai su avant de regarder ce documentaire, mais connaître l’histoire d’une personne qui a peu ou prou le même âge que moi, et qui vit de l’autre côté de la couleur, remet savamment, et sans haine, les choses à leur place.

Il peut paraître un peu égocentrique de parler de moi pour analyser un documentaire qui parle de l’Autre, du voisin français qui n’a pas la même couleur de peau que moi. Mais « Trop noire pour être française ? » permet, selon moi, de continuer à déconstruire ce moule ignorant dans lequel j’ai été élevée.

« Quand j’étais jeune, on ne disait pas que les Têtes de Nègre étaient racistes. »

« Oui, mis ce n’est pas à nous de décider qu’elles le sont, c’est aux personnes concernées, le noirs, de le dire, et à nous de les écouter. »

Conversation vécue.

De les écouter notamment en regardant ce documentaire très instructif et dont on ne sort pas forcément honteux, mais avec un peu plus d’outils pour s’éduquer, et porter un autre regard, ni compatissant, ni paternaliste, sur son voisin.

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Documentaire toujours visible sur Arte+7
http://www.arte.tv/guide/fr/050748-000/trop-noire-pour-etre-francaise

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Petit Manuel du parfait réfugier politique – Mana Neyestani

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Titre : Petit Manuel du parfait réfugier politique.
Auteur : Mana Neyestani.
Année : 2015.
Editeur : Çà et là ; ArteEditions.
Genre : Récit autobiographique.

Nombre de pages : 130.

Public : Adolescent/Adulte.

Quatrième de couverture :

Après Une métamorphose iranienne, dans le quel Mana Neyestani racon-tait son exil d’Iran, ce Petit manuel se situe à Paris, où l’auteur a entrepris en 2012 des démarches pour devenir réfugié politique. Après l’infernal système répressif iranien, Mana Neyestani s’est alors trouvé confronté à un nouvel univers, certes beaucoup moins violent, mais tout aussi kafkaïen : celui de l’administration française. Un ouvrage entre bande dessinée autobiographique, autofiction, reportage et dessin de presse…

Mon Avis :

Mana Neyestani, réfugié iranien en France, a été l’invité de l’assemblée générale d’Amnesty International France et c’est comme ça que j’ai pu le rencontrer et écouter son récit.
C’est à cette occasion également que j’ai pu lire son Petit Manuel du parfait réfugié politique. Cet ouvrage, bande dessinée témoignage affreusement drôle et ironique, est une façon très efficace d’expliquer ce qu’est être réfugié en France (et sans doute aussi pourquoi tant de migrants préfèrent continuer jusqu’en Angleterre…)
Le système kafkaïen de l’administration française, nous, simples citoyens français, le connaissons, rien qu’en changeant de statut à la Sécu, à la CAF, ou en demandant un papier officiel. Les difficultés s’accumulent quand vous faites parties de minorités (comme les personnes trans* par exemple)
Le parcours administratif du réfugié est à cette image. Il n’y a pas de parcours simplifié pour devenir (ou non) réfugié et, pire, ce système encourage plus ou moins les réfugiés à ne pas travailler, entre autre. Pourtant jamais Mana (et son petit personnage) ne se départit de son envie de devenir un citoyen réfugié en France.
Cet ouvrage m’a particulièrement marquée aussi parce que Mana est un auteur/journaliste/illustrateur. Et que donc il travaille. Avec ces institutions bien connues des artistes que sont la Maison des Artistes et l’Agessa. Amis auteurs et artistes qui me lisez, vous qui connaissez les bizarreries administratives de ces deux augustes maisons, imaginez les additionner à un statut de réfugié politique.
Amis réfugiés, ou amis qui connaissez des réfugiés, qui travaillez à aider les réfugiés, ou qu’ils soient en France, lisez ce livre.
Il est drôle, il est cruel et, surtout, il est une explication clair, synthétique et presque parfaite de ce que doit et ne doit pas faire un migrant lorsqu’il arrive en France.

Indispensable.

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Amazigh – Itinéraire d’hommes libres – Mohamed Arejdal et Cédric Liano

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Titre : Amazigh – Itinéraire d’hommes libres.
Auteur : Mohamed Arejdal et Cédric Liano.
Année : 2014.
Editeur : Steinkis.
Genre : Récit autobiographique.

Nombre de pages : 160

Public : Adolescent/Adulte.

Quatrième de couverture :

Amazigh raconte l’histoire vraie de Mohamed Arejdal.

Mohamed, jeune Marocain, entreprend clandestinement, comme tant d’autres, le voyage vers l’Europe. Cette traversée, si elle échoue, n’en est pas pour autant un drame, et ce qui lui apparaît d’abord comme un cauchemar – traversée périlleuse, arrestation, évasion, prison, expulsion et retour au Maroc – pourrait même le conduire vers un rêve…

Car ce n’est pas un retour à la case départ. Cette expérience provoque une prise de conscience, et Mohamed va reprendre ses études, intégrer une école d’art et peu à peu émergera l’artiste aujourd’hui reconnu internationalement.

Prix Première bulle 2014 du festival BD d’Angers

Prix du Jury oecuménique Angoulême 2015

Avis :

La couverture a attiré mon oeil en premier : cet enfant qui nous regarde, au milieu d’une coquille de noix avec, au loin, ce qu’on devine être l’Europe. Sensibilisée par mon travail associatif sur la question des migrants, accrochée par un dessin noir et blanc sensible et énergique, je me suis engouffrée dans Amazigh et j’ai découvert l’histoire de Mohamed. Son récit m’a touché bien au-delà du “simple” témoignage, parce que le rêve de Mohamed n’est pas vraiment d’arriver en Europe et de devenir riche pour rendre ses parents fiers, mais de devenir un artiste. Et, parce que le jeune homme est aussi pétri d’a priori que nous, Européen, il n’existe d’art et de moyen de (sur)vie qu’en Europe.
Le récit de son voyage, entrecoupé de brèves planches sur son travail actuel, passe par toutes les étapes connues : traversée du désert, bateau surchargé, prison, rétention, détermination de l’âge de façon “scientifique”, et ainsi de suite.
Mohamed n’est pas un ange, c’est même, à plusieurs reprise, un petit con. Mais de part son infantilité lui permet de passer des épreuves que personne ne devrait jamais vivre.

Amazigh est un petit joyaux de la bande-dessinée, à lire absolument.

Intérêt militant : Un point de vue souvent omis sur les migrants, des bateaux aux centres de rétention.

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Life In Paradise – Roman Vital

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Depuis que le gouvernement suisse a installé un centre de déportation pour les demandeurs d’asile rejetés dans le village montagnard idyllique de Valzeina, une personne sur quatre au village est un immigrant clandestin. Le film montre la façon dont fonctionne la politique d’asile suisse. Il témoigne de la manière dont nous, privilégiés du monde occidental, nous occupons des demandeurs d’asile et comment nos vies sont affectées par cela. Il donne à comprendre ce que signifie vivre en tant que demandeur d’asile rejeté au « paradis ».

Documentaire projeté lors d’une séance du cinéclub des Droits Humains d’Amnesty International à Strasbourg, en présence d’un membre d’Amnesty international Suisse, Life In Paradise démontre par l’absurde.
Tous les Suisses ne ressemblent pas à ceux que nous voyons dans le film (un village très divisé entre ceux qui ont peur et ceux qui tentent de rendre la situation plus vivable), tous les centres de rétention n’ont pas vue sur la montagne. Mais en choisissant un lieu volontairement “trop”, Roman Vidal touche du doigt l’absurdité d’un système où l’on essaie de faire rentrer les gens chez eux “gentiment mais avec fermeté”. Sans choix, sans chercher à comprendre ce pourquoi ils sont venus, en se limitant strictement aux règles.
La figure du gardien du centre, véritable kapo aux airs (très) faussement humaniste fait froid dans le dos.
Le personnage (réel) de ce jeune syrien qui demande juste, simplement, de pouvoir jouer au foot pour ne pas devenir fou, vous hante des jours durant.
L’image d’un sac poubelle regroupant toutes les maigres affaires d’un homme qui vient de se faire expulser (sans qu’il ait pu rien prendre avec lui, même pas la Bible qui l’aidait à avancer) vous posera la question : “Pourquoi je profiterai de mon or si mon voisin n’a pas de pain ?” (parole d’une militante d’Amnesty citée dans le film)

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Fortune Cookies – Silène Edgar

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Titre : Fortune Cookies
Auteur : Silène Edgar.
Année : 2014.
Editeur : Bragelonne/Snark.
Genre : Anticipation (très) proche.

Nombre de pages :130

Public : Adolescent/Adulte.

Quatrième de couverture :

Bretagne, demain :
Une coupure d’électricité plonge la petite vie de Blanche et Hadrien dans le noir, ainsi que toute l’Europe. Un mystérieux appel résonne sur les ondes : le gouvernement cache qu’il se passe quelque chose au Sud… la guerre ? Leur fille est loin, en vacances au-delà des Pyrénées. Hadrien décide de partir immédiatement à sa recherche, mais Blanche a peur.
Paris, après-demain :
État d’urgence, peuple bâillonné. Blanche est devenue Bianca, résistante. Les opposants à la dictature médiatique utilisent les réseaux de consommation pour faire passer leurs messages, sur les barquettes de poulet, les barils de lessive ou dans les fortune cookies, mais, bientôt, il faudra aller plus loin. Bianca trouve de la force entre les bras de Joshua, et jamais elle ne parle ni d’Hadrien, ni d’Élisabeth.
Quelque chose a basculé sur la route.

 

Avis :

Là où tout commence et là où tout finit. Mais qu’est-ce qui commence ? La révolte ? La prise de conscience ? L’horreur ? Et qu’est-ce qui finit ? La vie ? Mais quelle vie après tout ? Celle du ronron quotidien et des oeillères sur les yeux ?

Cette novella n’est pas un roman comme les autres, car il ne met pas vraiment en scène l’action de révolte. Non. Il témoigne de ces instants où l’on sait, l’on sait qu’on ne peut plus rester immobile, qu’il faut agir, qu’il faut, pour survivre, redevenir cet adolescent un peu anarchiste qu’on a tous été, et qu’on a tous oublié parce que les études, parce que le travail, parce que le couple et les enfants. Parce que la société est plus agréable quand on se laisse aller avec le mouvement.

Cette novella est pessimiste, parce que la révolte n’est pas un chemin pavé de fleurs et qu’elle ne se nourrit pas de douceur.

Mais cette novella est également incroyablement optimiste.

En tant qu’auteure, en tant qu’artiste, je pense que vous ressentirez la même chose que moi en refermant ce livre qui s’arrête juste là où tout commence et là où tout finit : créer, créer pour la révolte. Tout simplement.

Intérêt militant : L’engagement.

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Manifester : un droit moins important que celui du ballon

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Au cas où vous étiez enfermé dans une tour d’ivoire depuis deux semaines, vous savez deux choses : que la Coupe du Monde de Football a lieu en ce moment-même au Brésil, et que l’organisation de cette Coupe (et des futurs Jeux Olympiques de Rio) a entraîné et/ou mis en lumière de nombreux troubles sociaux.

Pour faire le point sur cette situation, Amnesty International vous fait une petite synthèse de ce qu’il faut savoir sur la situation au Brésil, ici.

Et l’organisation met également à votre disposition en téléchargement gratuit, le rapport intitulé : “Brésil. “Ils utilisent une stratégie de la peur” Le Brésil doit protéger le droit de manifester.”

Extraits :

Au cours de l’année passée, des centaines de manifestants ont été frappés et blessés, principalement par des membres de la police militaire, lors de manifestations dans les villes de Rio de Janeiro et de São Paulo. De nombreuses informations détaillées recueillies auprès de participants aux manifestations et de témoins indiquent que la police a recouru à la force de manière excessive contre les manifestants, notamment en utilisant des armes «à létalité réduite », en particulier des gaz lacrymogènes, des aérosols de gaz poivre, des grenades incapacitantes et des balles en plastique ou en caoutchouc.

Le simple fait de porter un drapeau ou une banderole ou d’avoir sur soi de l’encre ou du vinaigre (utilisé pour atténuer les effets du gaz lacrymogène) a été considéré comme une raison suffisante pour arrêter des manifestants et les interroger. Si la plupart ont été libérés rapidement, la police a conservé leurs coordonnées et informations personnelles, ce qui fait craindre aux manifestants et à leurs avocats que des enquêtes ne soient ouvertes ultérieurement.

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14 – 14 – Silène Edgar et Paul Beorn

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Titre : 14 – 14
Auteur : Silène Edgar et Paul Beorn.
Année : 2014.
Editeur : Castelmore.
Genre : Fantastico-historique, entre autre.

Nombre de pages : 351

Public : Enfant/Adolescent.

Quatrième de couverture :

Adrien et Hadrien ont treize ans et habitent tous les deux en Picardie. Ils ont les mêmes préoccupations : l’école, la famille, les filles… Une seule chose les sépare : Adrien vit en 2014 et Hadrien en 1914. Grâce à une boîte aux lettres mystérieuse, les deux adolescents vont s’échanger du courrier et devenir amis.

Mais la Grande Guerre est sur le point d’éclater pour Hadrien et leur correspondance pourrait bien s’interrompre de façon dramatique.

Avis :

Je serai sans doute passée à côté de ce livre s’il n’avait été écrit à quatre mains et deux claviers par Paul Beorn et Silène Edgar, deux très chers amis dont j’attends les nouveaux textes toujours avec impatience. Et quelle belle découverte j’ai faite !

Je sais que les deux auteurs savent décrire les tourments de l’enfance et de l’adolescence et je n’ai pas été déçue. Les amourettes, les problèmes scolaires et familiaux d’Adrien et Hadrien sonnent vrais, surtout dans le cas d’Adrien qui ressemble tant à tous les autres garçons de son âge. Même si je suis un peu moins enthousiaste sur la conclusion des affres sentimentaux du garçon.
En ce qui concerne Hadrien, celui de 1914, c’est plus la magnifique et complexe relation avec son père, fermier illettré mais fier, si fier, qui m’a touchée, m’arrachant quelques larmes.

Le texte comprend aussi des éclats surréalistes qui vous arracheront des frissons : la découverte de la « rue Jean-jaurès », l’exposé d’Adrien, l’anniversaire de sa petite sœur aussi. Je ne saurais tous les décrire et vous les laisse les découvrir.

Intérêt militant : Si le livre est très pédagogique (dans le bon sens du terme) sur la Grande Guerre, sa force réside dans la comparaison, jamais lourde (quoique lourde de sens) entre hier et aujourd’hui. Les auteurs amènent le jeune lecteur à s’interroger sur les victoires sociales et politiques dot il jouit (comme la Sécu), sur les carences également de notre époque (je ne vous citerai pas ce passage, mais il m’a retournée), sur l’amour parental et fraternel, qui reste toujours le même, quelle que soit l’époque.

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